Chenonceau

Chenonceau

Bataille de femmes pour un château

Deux femmes pour un château

L’une est moche comme un pot de yaourt de chez Danone, transformé en pot de fleurs par un enfant de l’école maternelle pour la fête des mères. L’autre est belle comme un autobus parisien des années 30 refait à neuf. L’une possède le charme d’un tarsier avec ses grands yeux globuleux, ses paupières lourdes et son visage bouffi. L’autre se nomme Diane comme la déesse italique dont le nom signifie ciel lumineux.
Diane  de Poitiers est dame d’honneur à la cour de François 1er. La rumeur, jamais vérifiée, laisse entendre que Diane aurait pu être la maîtresse du roi.
Après la défaite de Pavie, les deux garçons du roi sont remis en otage à Charles Quint, en échange de leur père. Après quatre années de détention dans des conditions parfois bien difficiles, les enfants reviennent à la cour de France et sont confiés à Diane pour parfaire leur éducation royale. Henri a 11 ans et elle 31.  Diane aurait donné à Henri une éducation fort complète, abordant l’ensemble des sujets de la vie ! Aussi, lorsqu’il s’agit de marier Henri, elle joue de son influence auprès du roi François 1er pour que soit choisi Catherine de Médicis, la vilaine, la moche. Ainsi elle semble certaine de conserver le cœur de son Henri qui attendra, parait-il,  1538 pour en faire sa maîtresse. (Moi, j’y crois pas !)
Toutefois Catherine de Médicis possède un avantage certain sur sa rivale : elle avoue vingt ans de moins !

Chenonceau en cadeau
En 1547, Henri offre Chenonceau à Diane qui est devenue veuve en 1531 du vieux barbon  Brézé, son aîné de plus de 40 ans ! (Bon débarras, doit-elle penser, d’autant qu’il lui lègue de jolis revenus).
Diane effectue immédiatement des travaux de mise hors d’eau. L’ouvrage titanesque mobilise des fonds et du personnel  ! Elle fait construire un pont entre château et rive gauche. Celui-ci est prêt peu avant le décès d’Henri II d’un coup de lance dans l’œil lors d’un tournoi. (Comme c’est bête, la vie !) La voici veuve pour la seconde fois et pas moyen de devenir la maîtresse du nouveau roi : François II ne règne que quelques mois et il n’est âgé que de 15 ans et Charles IX qui lui succède, n’a que dix ans !
La moche peut reprendre sa place de reine d’autant qu’elle est nommée régente ! Catherine éloigne sa rivale de la cour et lui pique Chenonceau. En échange, bon prince, elle lui offre l’austère château de Chaumont sur Loire.
A Chenonceau, Catherine modifie les jardins dessinés par Diane, réalise les galeries sur le pont qui enjambe le Cher et tente d’effacer les traces laissées par sa belle rivale. Catherine donne des fêtes «lupanardesques» au cours desquelles Henri III est déguisé en femme et les dames de compagnie sont à demi-nues.
Ces fêtes ne pourront réconcilier catholiques et protestants malgré tous les efforts diplomatiques consentis et une politique très tortueuse, souvent incompréhensible, pour trouver la paix. Le massacre de la Saint Barthélémy (24 août 1572) décime le royaume car cette nuit tragique n’est que le point de départ d’une guerre de religions terrifiante. Guizot a pu dire de Catherine : «elle prit à coeur la royauté et la France; elle défendit de son mieux, contre les Guises et l’Espagne, l’indépendance de l’une et de l’autre, ne voulant les livrer ni aux partis extrêmes, ni à l’étranger.»
Seule chose qui rapprochait ces deux femmes, hormis le fait que Diane était dame de compagnie de Catherine, le goût des lettres et des arts. Diane protégera Ronsard. Catherine Montaigne.
Diane se retirera de la cour dans le château d’Anet, au nord-est de Dreux. Elle y décédera à 66 ans en 1566.
Catherine, le laideron, lui survivra 23 ans. Elle restera traumatisée par l’échec de sa politique de paix et de réconciliation entre catholiques et protestants. Elle pensait avoir réconcilié le Duc de Guise et le roi lorsqu’elle apprend  son assassinat le 23 décembre 1588. Elle décède quelques jours plus tard.